Se ressourcer en nature pour mieux se retrouver : une initiative porteuse pour la santé mentale étudiante
Depuis l’hiver 2022, une initiative singulière, financée par la Fondation, permet à des étudiantes et étudiants du Cégep de prendre une pause bien méritée… loin des écrans et au cœur de la nature. Né dans la foulée de la pandémie, ce projet de fins de semaine d’intervention en nature avait un double objectif : diversifier l’offre de services psychosociaux et répondre à une demande grandissante de la communauté étudiante en matière de santé mentale et de gestion du stress.
Mis sur pied à l’initiative de Geneviève Dussault, le projet s’appuie sur des bases solides, tant pratiques que scientifiques. L’approche est notamment validée par des données empiriques issues de la thèse de Virginie Gargano, professeure agrégée à l’école de travail social et de criminologie de l’Université Laval et fondatrice de dehors.co, une entreprise spécialisée dans la formation d’intervenants en santé physique et mentale en contexte de nature et d’aventure. Cette reconnaissance s’inscrit également dans un mouvement plus large, alors que le programme Prescrit Nature permet désormais aux médecins québécois de recommander l’exposition à la nature comme outil de prévention et de mieux-être.
Depuis sa création, près de 100 étudiants ont bénéficié de ces fins de semaine immersives, organisées en petits groupes de 12 participants maximum, afin de préserver un cadre sécurisant et propice à l’introspection. Plusieurs d’entre eux s’inscrivent avec un objectif clair : décrocher, temporairement ou durablement, de l’addiction numérique.
Une approche thérapeutique ancrée dans l’expérience
Pour le Service psychosocial, ces séjours en nature constituent un levier puissant pour outiller les étudiants face au stress et à l’anxiété. « Les objectifs sont individuels et personnels, mais les retombées sont claires : développement de la connaissance de soi, de l’estime personnelle et des liens sociaux », explique l’une des intervenantes.
Les bienfaits de la nature sont bien documentés. Il est démontré que 20 à 30 minutes passées en milieu naturel peuvent faire baisser le taux de cortisol (l’hormone du stress) de près de 18,5 %, et ce, sans aucune activité particulière. À cela s’ajoutent la gestion de l’imprévu, l’adaptation aux éléments naturels et l’élargissement de la zone de confort, des apprentissages difficilement reproductibles en milieu intérieur.
L’émerveillement joue également un rôle clé. Pour certains participants, il s’agit d’une première visite dans la région de Charlevoix. Gravir une montagne, se dépasser physiquement, ressentir la fierté de l’effort accompli : autant d’expériences qui marquent durablement.
Un programme structuré, humain et encadré
Les fins de semaine se déroulent du vendredi midi au dimanche en fin de journée, dans un refuge accessible uniquement à pied. Le vendredi est consacré au déplacement, à l’installation et à des activités thérapeutiques : pleine conscience, respiration, introspection et connaissance de soi. Le samedi propose une randonnée plus exigeante, ponctuée d’activités encadrées, mais aussi de temps libre. Les participants sont également invités à prendre part aux tâches quotidiennes, comme la préparation des repas ou le ménage, favorisant la coopération et l’autonomie. Le dimanche se conclut par une randonnée plus courte, riche en échanges, avant le retour à Québec.
Quatre intervenants accompagnent chaque groupe : deux professionnels du Cégep et deux guides formés en intervention par la nature et l’aventure. Le concept de « douce fascination », soit le fait de contempler longuement un élément naturel qui capte l’attention sans effort, est d’ailleurs au cœur de l’approche.
Des retombées concrètes et durables
Les retours des participants sont éloquents. Une étudiante a confié que cette expérience avait été « beaucoup plus bénéfique que tous les rendez-vous qu’elle avait eus auparavant ». Un autre participant a intégré la méditation à sa routine matinale et mis fin à sa consommation.
En amont, une sélection rigoureuse est effectuée : entrevue, questionnaire et présence d’un besoin psychosocial réel, ainsi qu’un désir de s’engager dans un travail d’introspection.
Pour les intervenants, le choix de la nature s’impose naturellement. « C’est une façon d’allier le travail et la passion, tout en offrant aux étudiants un espace unique pour se déposer, se reconnecter et repartir plus forts. »
Une initiative qui démontre, une fois de plus, que parfois, pour avancer, il faut savoir s’arrêter… et prendre le sentier.
Pour en savoir plus :
Explication de Virginie Gargano : Comment la nature influence-t-elle les expériences de groupe (vidéo de 2minutes 23) : https://www.youtube.com/watch?v=8F1n7auDtvI
https://virginiegargano.wixsite.com/recherche
lien vers les Camps Odyssée https://camps-odyssee.com/odyssee-aventures/
Site internet de prescrit nature : https://www.prescri-nature.ca/